Le jour où j’ai dit oui à un vignoble - 103

Dernière mise à jour : 4 sept.
Le Jour où j'ai dit oui à un vignoble - Les Débuts - 103
Ils se sont retournés vers moi dans la voiture. Mes parents m'ont regardée et m'ont posé une question qui allait changer toute ma vie.
« Bon... est-ce que tu veux reprendre le domaine et t'en occuper ? »
Évidemment. Quelle bonne idée. Ça allait être génial. Ça allait être fun !
Du moins... c'est ce que je pensais. Alors j'ai répondu oui.
Pas parce que je rêvais de devenir vigneronne. La vérité, c'est que je ne connaissais absolument rien au vin. J'ai répondu oui parce que je suis tombée amoureuse d'un lieu.
Aux États-Unis, l'une de mes plus grandes inspirations a toujours été Joanna Gaines, une entrepreneure et décoratrice spécialisée dans la rénovation de maisons anciennes. J'admirais la façon dont elle redonnait vie, avec son mari, à des lieux chargés d'histoire. Plus que de simples rénovations, ils racontaient une histoire à travers chaque maison. J'ai toujours été passionnée par le design d'intérieur, l'architecture et les lieux de vie. En regardant Grange Basse, je ne voyais pas seulement une vieille bâtisse et des hectares de vignes. Je voyais tout ce que ce lieu pouvait redevenir.

Il y avait quelque chose de difficile à expliquer. J'avais l'impression que cette maison attendait simplement qu'on lui redonne vie. Comme si elle attendait depuis des années que quelqu'un écrive un nouveau chapitre de son histoire.
Et avec cette maison venaient les vignes. On ne pouvait pas les séparer. Elles faisaient partie de la même histoire. Alors oui... j'ai aussi dit oui au patrimoine français. À son terroir. À son histoire. À ses traditions. Très vite, une idée s'est imposée à moi. Mélanger mes deux cultures et mes deux mondes. Le rêve américain. Et l'art de vivre français. C'est d'ailleurs devenu, quelques mois plus tard, le slogan de Grange Basse :
« Du rêve américain à l'art de vivre français. »
Aujourd'hui encore, cette phrase résume exactement ce que je voulais construire.
À ce moment-là, je pensais surtout aux bâtiments, aux jardins, aux pièces que l'on pourrait restaurer, à tout ce que ce domaine pourrait redevenir. Je voyais déjà le résultat. Ce que je ne voyais pas encore, c'était tout ce qu'il y avait entre le premier jour et cette image-là.
Mon père, lui, avait davantage les pieds sur terre. Avant de signer l'achat du domaine, il avait posé une condition très claire à l'ancien propriétaire : il devait rester à mes côtés pendant 1 ans et demi pour m'apprendre le métier. C'était non négociable. Et heureusement. Parce qu'à ce moment-là, je ne savais absolument pas ce que voulait réellement dire « gérer un domaine viticole ».
Quelques mois plus tard, tout est devenu officiel.
Le jour de la signature, je crois que j'ai commencé à comprendre que cette idée un peu folle devenait soudain très réelle.
Évidemment, la machine de signature électronique ne fonctionnait pas.
Résultat : je me suis retrouvée à devoir signer à la main plus de 200 pages... en deux exemplaires.
Page après page. Signature après signature. Je suivais les petites croix en bas des documents en me demandant combien de pages il pouvait encore rester. À un moment, je ne savais même plus vraiment ce que je signais. Je savais simplement qu'au milieu de toute cette paperasse, j'étais officiellement en train de devenir propriétaire d'un domaine viticole.
Puis, enfin, c'était terminé. En juillet 2021, à 23 ans, je suis officiellement devenue vigneronne. Les vignes. Le vin. Les vieilles pierres. Une nouvelle vie dans le sud de la France. Quelque chose de beau, presque romantique. J'avais dit oui à tout ça. Mais dire oui à un lieu et comprendre ce que cela signifie de devoir le faire fonctionner sont deux choses très différentes.

À ce moment-là, je savais qu'il allait falloir travailler. Je savais qu'il faudrait apprendre le vin, comprendre les vignes, gérer une entreprise. Mais tout cela restait encore très abstrait.
Sur le papier, j'avais 1 ans et demi pour apprendre le métier aux côtés de l'ancien propriétaire. Un an, ça me paraissait long. Je pensais que j'aurais le temps d'observer, de poser des questions, de comprendre tranquillement comment fonctionnait une année dans les vignes.
Évidemment... ce n'est pas vraiment comme ça que ça s'est passé. Parce qu'une fois les papiers signés, le domaine n'allait pas s'arrêter quelques mois pour me laisser le temps de comprendre comment tout fonctionnait. Les vignes continuaient de pousser. Les salariés continuaient de travailler. Les fournisseurs continuaient d'appeler. Il fallait prendre des décisions, répondre aux questions et faire avancer les choses.
À l'époque, l'ancien propriétaire habitait encore dans la maison de maître. Je me suis donc installée dans un ancien logement de vendangeurs, situé dans les vieilles granges.
C'était... très rustique. On a repeint les murs rapidement, posé un sol pour que ce soit propre, installé deux bureaux... Et voilà. Mon premier bureau de « cheffe d'entreprise ».
Je me souviens encore de ce premier matin. Je me suis assise. J'ai regardé autour de moi.
Puis je me suis dit :
« Bon... maintenant, je fais quoi ? »
Par où commence-t-on quand on a 23 ans, qu'on ne connaît rien à la vigne et qu'on se retrouve du jour au lendemain à gérer un domaine viticole ? Qui faut-il appeler ? Quels fournisseurs contacter ? Comment fait-on une facture ? Comment passe-t-on une commande ?
Quels papiers faut-il remplir ? À qui faut-il faire les virements ?
Les questions arrivaient plus vite que les réponses. J'avais l'impression d'apprendre un nouveau métier... et parfois même une nouvelle langue. Heureusement, l'ancien propriétaire était là pour me guider. Il me disait qui appeler, quels produits commander, comment s'organiser. Petit à petit, je prenais mes marques.
Enfin... autant que possible. Parce qu'en réalité, je commençais tout juste à comprendre l'ampleur de ce que j'avais accepté. Et ça, ce serait vraiment le début de l'histoire suivante. Parce qu'une chose est de dire oui à un vignoble. Une autre est de découvrir tout ce qu'il faut faire pour qu'il fonctionne.
À suivre : Le jour où j’ai fait mes premières vendanges - Les Débuts - 104
Le Jour Où: j'ai dit oui à un vignoble - Les Débuts - 103
Madison PARELLE




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