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Le jour où j’ai fait mes premières vendanges - 104

Photo du rédacteur: Madison Parelle
Madison Parelle
2 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 sept.

Le jour où j’ai fait mes premières vendanges - Les Débuts - 104


Je pensais que les vendanges consistaient à récolter du raisin. J’ai très vite compris que c’était probablement la partie la plus simple.



Le premier matin, je suis arrivée au domaine alors qu’il faisait encore nuit. Devant la maison, l’ancien propriétaire se tenait près de la machine à vendanger et expliquait au chauffeur quelle parcelle devait être récoltée en premier.


Tout semblait déjà en mouvement


Moi, j’étais à la fois très heureuse d’être là et un peu inquiète face à tout ce que je ne connaissais pas encore.


Je n’avais jamais travaillé dans une cave. À l’époque, celle de Grange Basse me paraissait immense. Il y avait un parcours pour les raisins blancs, un autre pour les rouges, des machines dont j’ignorais le fonctionnement et, derrière chaque étape, une logique qu’il allait falloir apprendre rapidement.


J’ai compris ce matin-là qu’on ne choisissait pas simplement une date pour commencer les vendanges.


C'était le raisin qui décidait


Chaque parcelle évoluait à son propre rythme. Certaines arrivaient à maturité avant les autres et il fallait respecter un ordre précis entre les cépages. À Grange Basse, nous commencions presque toujours par les Chardonnay.


Une fois la machine partie, accompagnée du tracteur et de la benne, nous nous sommes dirigés vers la cave.


À l’intérieur, il faisait toujours nuit.


Quatre interrupteurs étaient placés les uns à la suite des autres. J’ai appuyé sur le premier, puis sur le deuxième, le troisième et enfin le quatrième.


Les lumières se sont allumées progressivement, depuis le fond de la cave jusqu’à l’entrée, comme si tout le bâtiment se réveillait devant moi. Pendant quelques secondes, j’ai eu l’impression d’être dans un film.


Nous avons mis le pressoir en route, puis ouvert la grande porte qui donnait sur le quai de réception. Le soleil commençait à peine à se lever. Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à attendre la première benne.


Quelques minutes plus tard, le tracteur est arrivé. Il a reculé lentement jusqu’au bord du conquet, puis la benne s’est levée. Des tonnes de raisins blancs se sont déversées devant nous.


C’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé que mes premières vendanges venaient de commencer.


Du raisin au pressoir

La vis sans fin poussait les raisins vers l’égrappoir afin de séparer les baies de la rafle. Les raisins tombaient ensuite dans une pompe qui les envoyait directement vers le pressoir.


Mon premier travail était beaucoup moins spectaculaire. Je récupérais les rafles tombées au sol pour les remettre sur un tapis roulant afin qu’elles terminent dans une benne. Il faut bien commencer quelque part.



Vers midi, le pressoir était enfin plein. Nous pouvions lancer le pressurage. De grandes portes métalliques le rendaient complètement étanche. À l’intérieur, une membrane se gonflait

progressivement pour presser les raisins contre la paroi extérieure. Un cycle pouvait durer près de deux heures. Le jus était ensuite pompé vers un bac tampon, puis envoyé dans de grandes cuves en inox équipées d’un système de refroidissement.


Et, à ce moment-là, je pensais encore que les vendanges se résumaient plus ou moins à cela : récolter les raisins, les réceptionner, les presser, puis recommencer le lendemain.


Mais je me trompais.



Quand la cave ne s’arrête jamais


Une fois le raisin rentré, le travail ne faisait que commencer. Matin et soir, il fallait contrôler la densité du jus, et suivre les températures. Il fallait aussi réceptionner les autres cépages, vider le pressoir, préparer les échantillons pour le laboratoire et suivre l’évolution de chaque cuve.



Puis tout nettoyer. La cave. Les pompes. Les machines. Et recommencer.


Il y avait toujours quelque chose à surveiller, une information à noter ou une intervention à réaliser au bon moment. Les journées étaient longues.


Et derrière la fatigue, une prise de conscience commençait à s’installer.


Avant d’arriver à Grange Basse, je savais évidemment que reprendre un domaine viticole représentait beaucoup de travail. Mais entre savoir quelque chose en théorie et le vivre vraiment, il y a une grande différence.


Pendant ces cinq semaines, j’ai commencé à comprendre tout ce qui se cachait derrière une bouteille de vin. Les horaires. La précision. Les décisions. Les imprévus. Et surtout, la responsabilité.


Parce qu’une vendange représente une année entière de travail dans les vignes. Une décision prise trop tard, une température mal maîtrisée ou une fermentation qui ne se déroule pas comme prévu peuvent remettre en question des mois d’efforts. Et même lorsque la dernière benne rentre à la cave, rien n’est encore terminé.



Une récolte ne devient pas immédiatement du vin


La dernière benne n’est pas la fin À Grange Basse, la récolte s’étalait sur environ cinq semaines.


Nous commencions généralement par les Chardonnay, puis venaient les Colombard, les Syrah, les Alicante, les Merlot et enfin les Cabernet Sauvignon.


Mais rien n’était complètement figé.


C’était toujours la maturité du raisin qui décidait.


Après la récolte, la vinification continuait encore pendant plusieurs mois. Jusqu’en novembre, parfois décembre, il fallait suivre les cuves, continuer de contrôler les températures, surveiller les fermentations et s’assurer que chaque vin évoluait correctement jusqu’à sa stabilisation.


Pendant toute cette période, rien n’était acquis.


On pouvait avoir passé des mois à travailler dans les vignes, attendu la bonne maturité, récolté au bon moment et réussi à rentrer tout le raisin à la cave... Et pourtant, on n’avait encore rien gagné. C’est probablement ce qui m’a le plus marquée cette première année.


Pour la première fois, j’ai compris que les vendanges n’étaient pas seulement quelques semaines très intenses à la fin de l’été. C’était presque une année entière de travail qui continuait à se jouer, jour après jour, dans les cuves. Et j’y ai appris quelque chose qui allait finalement dépasser largement le monde du vin.


On imagine souvent qu’un projet avance par grandes étapes, avec des moments où l’on peut enfin se dire : ça y est, c’est fait. Mais certaines étapes que l’on prend pour des lignes d’arrivée ne sont en réalité que le début d’une nouvelle responsabilité.


Les vendanges m’ont appris à ne pas considérer un résultat comme acquis trop tôt. À rester attentive même lorsque le plus gros semble derrière moi.



Les premières tensions

Une amie de ma mère travaillait également avec moi deux jours par semaine. Elle s’occupait notamment de toute la traçabilité de la vinification et des cuves : suivre les volumes, les entrées, les sorties et essayer de mettre de l’ordre dans toutes les informations qui circulaient pendant cette période très intense.


C’est naturellement en faisant ce travail qu’elle a commencé à poser davantage de questions et à regarder les chiffres de plus près. Petit à petit, j’ai senti apparaître des tensions entre elle et l’ancien propriétaire.


Je pensais simplement qu’ils n’avaient pas la même manière de travailler. Surtout, de mon point de vue, ils étaient tous les deux là pour mon bien et pour celui du domaine. Lui m’apprenait un métier que je ne connaissais pas encore. Elle m’aidait à comprendre et à structurer une partie du domaine qui restait très complexe pour moi.


Je ne comprenais donc pas vraiment pourquoi il y avait autant de tensions entre eux.


Alors, j’ai fait un peu l’autruche.


Pas parce que je ne voyais rien, mais parce que j’avais peur de perdre les deux personnes qui, à ce moment-là, m’apportaient le plus de soutien dans ce milieu encore nouveau pour moi. Je pensais que mon plus grand défi serait d’apprendre suffisamment vite pour suivre tout ce qui se passait dans la cave. Je ne savais pas encore que les machines, les fermentations et les vendanges allaient bientôt devenir la partie la plus simple à gérer.


Et que ces premières tensions allaient m’obliger à prendre une décision que je regrette encore aujourd’hui.



À suivre : Le jour où j’ai commencé à avoir des doutes - Les Débuts - 105





Le jour où j’ai fait mes premières vendanges - Les Débuts - 104

Madison PARELLE



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