Le jour où j’ai dit stop - 106

Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Le jour où j’ai dit stop - Les Débuts - 106
Quand il a frappé à ma porte, je me suis cachée...
Pas exactement l’image qu’on se fait d’une jeune femme prête à reprendre un domaine viticole.
Mais c’est pourtant ce que j’ai fait.
À ce moment-là, cela faisait déjà plusieurs mois que la relation avec l’ancien propriétaire avait changé de mon côté.
Je n’avais plus la même confiance, ni la même façon de voir les choses. Je sentais surtout que certaines limites devaient être posées. Mais entre le penser… et le dire à voix haute, il y avait encore un monde.
J’avais 24 ans. Lui avait beaucoup plus d’expérience que moi et avait dirigé ce domaine pendant des années.
Moi, j’apprenais encore à gérer un vignoble. Alors l’idée de l’affronter ne faisait clairement pas partie de mes activités préférées.
Ce jour-là, j’étais à l’étage de la maison principale, où j’habitais depuis environ quatre mois,
quand j’ai entendu frapper. Je suis allée regarder par la fenêtre.
C’était lui. Et ma première réaction a été extrêmement courageuse :
Je me suis cachée. Mais vraiment cachée.
Je me suis littéralement mise à ramper par terre pour rejoindre l’autre côté de la pièce sans qu’il puisse me voir depuis la fenêtre. Voilà où j’en étais.
J’ai appelé ma mère.
Je lui ai dit qu’il était en bas, que je n’avais aucune envie de le voir et que j’espérais simplement qu’il allait repartir.
Elle m’a répondu quelque chose de très simple :
« Madison, tu as deux solutions. Soit tu continues à te cacher, soit tu affrontes les gens et tu prends ta place. »
Super… Merci maman pour le conseil très utile de la journée…
J’ai regardé une nouvelle fois par la fenêtre. Il était parti. Techniquement, mon problème venait donc de se régler tout seul. J’aurais pu rester dans ma chambre, reprendre ma journée et faire comme si de rien n’était.
Mais cette fois, quelque chose en moi n’en avait plus envie. Alors j’ai pris mes clés de voiture. Je pensais savoir où il était allé et je suis partie le chercher dans les vignes.
Quelques minutes plus tard, je l’ai retrouvé. Il s’est approché de ma voiture et nous avons commencé à parler.
J’ai baissé ma vitre. Et je lui ai dit :
« Je ne veux plus vous voir ici. »
Je lui ai également expliqué que, s’il souhaitait voir quelqu’un travaillant au domaine, ce serait en dehors des heures de travail.
Je crois que c’est l’une des premières fois de ma vie où mon corps et ma bouche n’étaient
absolument pas d’accord sur l’attitude à adopter.
Ma parole essayait d’être ferme. Mes jambes, elles, tremblaient tellement que j’avais l’impression que tout mon sang était descendu jusqu’à mes pieds.
Puis, tant qu’à être lancée, j’ai fini par lui dire une partie de ce que je gardais pour moi depuis des mois.
Et à cet instant-là, ce n’était même plus seulement une question de domaine. C’était devenu beaucoup plus personnel pour moi. Ma famille et moi avions vécu cette transition avec beaucoup de confiance et de respect. De mon côté, j’avais sincèrement admiré ce qu’il avait construit ici. C’est probablement pour cette raison que tout ce que je ressentais à ce moment-là était aussi intense.
J’étais en colère. J’étais triste. Mais surtout, j’étais déçue. Tout se mélangeait.
Et j’avais encore beaucoup de mal à tempérer ce que je ressentais. Quand quelque chose me blessait, j’avais tendance à tout ressentir d’un seul coup.
Je lui ai donc dit très clairement qu’il y avait certaines limites que je ne voulais plus voir
franchies, notamment lorsqu’il était question de ma famille.
Il n’était pas d’accord avec ma manière de voir les choses. Et je crois que, pour la première fois, je n’ai pas essayé de le convaincre.
Notre échange s’est terminé et il est reparti.
Et moi, je suis restée dans ma voiture. Mes jambes tremblaient encore. J’étais fière de l’avoir fait. Mais j’étais surtout terrifiée. Parce qu’une fois qu’il était parti, j’ai regardé autour de moi.
Les vignes étaient toujours là. Le domaine était toujours là.
Sauf que maintenant, je n’avais plus personne à appeler pour demander : On fait quoi ?
Même après dix-huit mois, j’étais très, très loin de tout savoir. Et pour la première fois, les décisions allaient vraiment être les miennes. Les bonnes. Comme les mauvaises.
Ce jour-là, la phrase de ma mère est restée avec moi : « Soit tu continues à te cacher, soit tu affrontes les gens et tu prends ta place. »
J’avais arrêté de me cacher.
Maintenant, il fallait prendre ma place. Et je n’avais absolument aucune idée de comment faire.
C’est là que les choses sont vraiment devenues sérieuses.

À suivre : Le jour où tout est devenu réel - 107
Le jour où j’ai dit stop - Les Débuts - 106




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